Bonheur en philosophie

Publié le par cogito AZEDDINE

 


Bonheur en philosophie 

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Le bonheur – entre plaisir et vertu

« Un plaisir pourrait s’identifier avec le plus grand bien, même en admettant que la plupart des plaisirs se trouvent être absolument mauvais. Pour cette raison, tout le monde estime que la vie heureuse est agréable, attendu qu’on unit la notion de plaisir à celle de bonheur, et l’on a parfaitement raison. Aucune activité, en effet, n’est complète quand elle est contrariée, et le bonheur présente le caractère d’être complet. Ainsi l’homme heureux a-t-il besoin que les biens corporels, les biens extérieurs et ceux de la fortune se trouvent réalisés pour lui sans difficultés » Aristote, Éthique à Nicomaque.

L’épicurisme

« Partant, quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, il ne s’agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent encore ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s’opposent à nous. Par plaisir, c’est bien l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme qu’il faut entendre. Car la vie de plaisir ne se trouve point dans d’incessants banquets et fêtes, ni dans la fréquentation de jeunes garçons et de femmes, ni dans la saveur des poissons et des autres plats qui ornent les tables magnifiques, elle est dans la tempérance, lorsqu’on poursuit avec vigilance un raisonnement, cherchant les causes pour le choix et le refus, délaissant l’opinion, qui avant tout fait le désordre de l’âme. » Épicure, Lettre à Ménécée.

L’utilitarisme

« On peut dire d’une action qu’elle est conforme au principe d’utilité ou plus simplement qu’elle est utile (relativement à la société en général) lorsque sa tendance à accroître le bonheur de la société est supérieure à ce qui la diminue. On dira d’une action gouvernementale (qui n’est qu’un cas d’action accomplie par une ou plusieurs personnes) qu’elle est conforme ou commandée par le principe d’utilité, lorsque de la même façon, sa tendance à augmenter le bonheur de la société est supérieure à tout ce qui le diminue » BenthamPrincipes de morale et de législation.

Le stoïcisme

« Ajoutez encore que le plaisir s’arrange de l’existence la plus honteuse mais que la vertu ne consent pas à une vie mauvaise ; il y a des malheureux à qui le plaisir ne fait pas défaut, et même dont le plaisir cause le malheur, ce qui n’arriverait pas si le plaisir était mélangé à la vertu, mais la vertu existe souvent sans le plaisir et n’a jamais besoin de lui. Pourquoi rapprocher des choses si dissemblables et même si opposées ? La vertu est chose élevée, sublime, royale, invincible, inépuisable ; le plaisir est chose basse, servile, faible, fragile qui s’établit et séjourne dans les mauvais lieux et cabarets. » SénèqueDe la vie heureuse.

Bonheur et moralité

« Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’à tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept de bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience ; et que cependant pour l’idée de bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. » KantFondements de la métaphysique des mœurs.

Désir et ennui

« Le désir, de sa nature, est souffrance ; la satisfaction engendre bien vite la satiété ; le but était illusoire ; la possession lui enlève son attrait ; le désir renaît sous une forme nouvelle, et avec lui le besoin ; sinon, c'est le dégoût, le vide, l'ennui, ennemis plus rudes encore que le besoin. » SchopenhauerLe Monde comme Volonté et comme représentation.

bonheur et le pouvoir d'oublier

Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.
NIETZSCHE
Considérations inactuelles, II (1874), § 1



Ce qu’il faut retenir

-         Socrate contre les sophistes : Les sophistes défendent l’idée que le bonheur est un privilège naturel de certains hommes : est heureux celui chez qui existe un équilibre entre les désirs et les facultés. Le bonheur se mesure donc à force  des désirs et à celle de les satisfaire ; autrement il se mesure à l’intensité du plaisir (hédonisme). Socrate rétorque que les désirs sont insatiables, incontrôlables et qu’ils tiennent en leur pouvoir celui qui les éprouve bien plus qu’il ne contribue à son bonheur. Il accorde néanmoins que certains plaisirs maîtrisés peuvent contribuer au bonheur.

 

-         Rationalité et plaisir: Pour Aristote, le souverain bien propre à l’homme consiste nécessairement en des actions qui expriment la nature humaine. Les actions qui conduisent au bonheur sont par conséquent les actions conformes à la raison et à la vertu, c’est-à-dire les actions gouvernées par la rationalité pratique, par la vertu de prudence. Mais Aristote a soin de préciser que la vertu ne suffit pas au bonheur ; celui-ci exige un corps en bonne santé, la possession de certains biens extérieurs. Le plaisir n’est donc pas incompatible avec la vertu.

 

-         L’épicurisme : Pour Épicure, seule la vie de plaisir peut conduire à la tranquillité de l’âme en laquelle consiste le bonheur. Pour cela, il est nécessaire de distinguer différents types de plaisirs et de ne rechercher que ceux qui contribuent véritablement au bonheur. Épicure ne défend donc aucunement une recherche effrénée de tous les plaisirs. Tout au contraire, la finalité de la recherche est l’absence de douleur dans le corps et de troubles dans l’âme. En ce sens, c’est bien plutôt à l’ascétisme que peut conduire cette doctrine.

 

-         L’utilitarisme : Dans la philosophie utilitariste, le critère d’évaluation d’une action est son utilité. Or, celle-ci se définit comme capacité à produire le bonheur lui-même conçu comme plaisir et absence de peine. Le bonheur individuel, bien qu’il soit la seule fin véritable des actions, ne peut être qu’éphémère s’il ne prend pas place dans une société qui garantit la sécurité des biens. C’est pourquoi l’intérêt premier n’est pas le bonheur de l’individu lui-même mais la plus grande somme de bonheur totalisé. Le calcul de félicité vise ainsi la maximisation du bonheur pour le plus grand nombre d’hommes.

 

-         Le stoïcisme : Pour les stoïciens, le plaisir ne saurait être ce qui meut originellement les hommes. L’enfant qui, malgré ses chutes, répète ses efforts pour marcher ne recherche aucunement le plaisir mais seulement à développer ce que sa nature lui permet. Le plaisir doit même être opposé au bonheur (le souverain bien) comme l’éphèmère au durable. L’enjeu devient alors de chasser les passions, ces affections subies, pour faire place aux impulsions rationnelles qui seule rendent possible une vie menée selon la vertu et par conséquent une vie heureuse.

 

-         Bonheur et moralité : Kant refuse l’identification du bonheur au souverain bien. En effet, le bonheur, en tant que satisfaction de tous nos penchants est déterminé par des motifs empiriques réfractaires à l’universalisation tandis que le souverain bien n’est rien d’autre que la conduite morale, l’obéissance à la loi universelle dictée par la seule raison. Le bonheur ne saurait être une conséquence matérielle de la vertu ; celle-ci ne le produit pas comme une récompense, comme quelque chose dont on pourrait faire l’expérience ; ce que peut la vertu, c’est nous rendre digne du bonheur.

 

-         Désir et ennui : Pour Schopenhauer, l’idée de satiété des désirs est une illusion. Lorsque tous nos désirs sont comblés, nous tombons dans l’ennui, dans la nostalgie du désir, dans la souffrance et recherchons de nouvelles raisons de désirer. Cependant, le désir, en raison de la tension et de l’inquiétude qu’il fait naître en nous provoque tout autant de souffrances. Nous ne cessons de passer du désir à l’ennui et de l’ennui au désir sans jamais accéder au bonheur.


le développement de cet article bientôt 

cogito AZEDDINE

cogitophilos@hotmail.com

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