Psychologie : Pardonner,est-ce un vrai outil psychologique!!!???

Publié le par cogito AZEDDINE

 

Pardonner, un vrai outil psychologique!!!???

f0394a34-0bc7-11e2-9194-1e4b2116815b-493x328.jpg

cogito AZEDDINE

cogitophilosq@hotmail.com

Parvenir à tourner la page s'avère indispensable dans de nombreuses thérapies.
Vous gardez une rancœur tenace envers un ancien collègue et vous vous réveillez certaines nuits en y pensant? Vous êtes fâché avec une partie de votre famille et n'iriez pour rien au monde leur rendre à nouveau visite? Attention à vous et à votre santé physique et psychique! De récentes études ont prouvé que les personnes qui ont du mal à lâcher leur ressentiment souffrent de tension élevée. On a aussi observé que les victimes d'inceste qui participaient pendant toute une année à des ateliers autour du pardon étaient moins vulnérables à la dépression et à l'anxiété que celles qui n'y avaient pas eu droit (Université du Wisconsin). Des recherches qui confirment ce que chacun sent dans son for intérieur: pardonner fait du bien, et surtout à soi-même.
Pas étonnant, donc, que cette question se pose lors de nombreuses psychothérapies. Pour celui-ci, il s'agira de ne plus en vouloir au père absent qui a gâché son enfance ; pour cette autre, il faudra accepter la trahison de son ex-mari, ou le fait que son ado accumule des délits de plus en plus graves. Ce sont d'ailleurs les conflits engendrés par ces situations qui, souvent, suscitent la première demande de consultation.

Connotation religieuse

Pourtant, chargé de références religieuses, le fait de «pardonner» est rarement nommé comme tel par les psychothérapeutes. «Je fais attention à ne pas employer ce terme qui est encore très connoté religieux», explique le psychanalyste Jacques Arènes, auteur de La Quête spirituelle hier et aujourd'hui (Éditions du Cerf). Le pardon reste entaché d'un certain dolorisme judéo-chrétien -musulmane qui fait lever de nombreuses résistances chez nos analysants. C'est pourtant bien de cela qu'il est question pendant la cure: entamer un processus qui aboutira à pardonner au réel d'être ce qu'il a été.» «Processus», «chemin» et même «voyage», selon le Pr Robert Enright, de l'Université du Wisconsin, le pardon semble pour les psychologues tout sauf le fruit d'une grâce instantanée. «Il n'y a que dans les films au cinéma que l'on voit soudain le héros libérer son abuseur des dommages qu'il a perpétrés!», relève Jacques Arènes. Dans la vraie vie, parvenir à pardonner demande vigilance et endurance.

Vigilance, car un pardon trop facile peut cacher du déni. Jean-Paul Sauzède, thérapeute de couples et coauteur avec son épouse de l'ouvrage Créer un couple durable (Éditions Interéditions), se méfie de la tendance fréquente à vouloir trop rapidement effacer la faute: «Avec ce mari qui a été infidèle, ou cette compagne qui s'est mise à boire un peu trop, le patient peut être tenté de faire “comme si rien ne s'était passé”, observe-t-il. Cette tentative de “recouvrement”, voire d'“effacement” du malaise est nocive. Elle se met en place entre des partenaires qui en réalité souhaitent éviter les changements nécessaires, et faire comme si tout était comme avant.» Attention donc au pardon prématuré qui maintient celui qui a trahi ou déçu dans une posture illusoire, celle où il demeure celui qu'on voudrait qu'il reste.

Accepter les failles

Autre danger d'un pardon express, l'effondrement. «Si des personnes outragées restent accrochées à leur ressentiment, ce peut être pour recouvrir un grand sentiment de vide intérieur», observe Jacques Arènes. Ainsi, à propos de cette patiente qui ne cessait sur le divan de cracher sa haine envers une mère qu'elle ne voyait même plus, il affirme: «Elle avait construit sa vie entière autour de cette haine.» Impossible alors, avec un certain volontarisme boy-scout, de l'inciter à tourner la page. Et si elle se retrouvait soudain confrontée à sa profonde dépression?

Le pardon demande aussi une extrême persévérance. Il est souvent le fruit d'un processus long, chaotique. «Pour les partenaires d'un couple, il faut d'abord s'interroger sur ce qui a généré la crise, la trahison, avance Jean-Paul Sauzède. Puis reconnaître la blessure et avancer désormais, autrement, avec cette cicatrice.» Pas de «grande lessive conjugale», donc, mais une relation renouvelée qui intègre désormais la découverte que l'autre n'est pas celui ou celle que je croyais et que je dois renoncer à son image idéalisée.

«Une véritable re-création», selon Jacques Arènes: «Pardonner revient à percevoir la profondeur de la réalité, toujours ambivalente et complexe: ni tout noir, ni tout blanc, l'autre qui m'a blessé(e) peut être délié de ma haine et cette liberté amène du nouveau dans ma vie aussi.» Lorsqu'on n'a pas affaire à l'impardonnable (qui existe aussi), comprendre ce qui s'est passé et aboutir à une paix relative revient à accepter les failles de l'être humain. Pour ceux qui parviennent à pardonner, ce qui se joue, c'est donc toujours un peu «bienvenue dans le réel»!


A Suivre 

cogito AZEDDINE

cogitophilosq@hotmail.com

Publié dans Philosophie

Commenter cet article